Il y a des livres que l’on choisit parce que l’on sait déjà ce que l’on vient y chercher. Et puis il y a ceux qui nous attirent par leur couverture avant de nous entraîner bien au-delà de nos habitudes. Cœur du Sahel de Djaïli Amadou Amal fait partie de cette deuxième catégorie pour moi. Une découverte d’abord esthétique, devenue une lecture plus sérieuse, plus féministe et plus engagée que celles vers lesquelles je me tourne habituellement.
Djaïli Amadou Amal est une écrivaine camerounaise originaire de l’extrême-nord du pays. Militante féministe, elle s’engage notamment à travers l’association Femmes du Sahel. Son roman Les Impatientes a reçu le prix Goncourt des lycéens en 2020. Publié en 2022 aux éditions Emmanuelle Collas, Cœur du Sahel poursuit son exploration des injustices faites aux femmes, en s’intéressant cette fois à la vie des domestiques.
Pour ma part, c’est bien la couverture qui m’a donné envie de prendre ce livre en main. Son esthétique m’a attirée avant même que je connaisse son histoire. Mais en lisant la quatrième de couverture, j’ai compris que je m’apprêtais à quitter mes lectures habituelles. Le sujet annonçait quelque chose de plus grave, qui demanderait de regarder en face des réalités difficiles. J’ai pourtant eu envie d’ouvrir cette porte, et de découvrir une voix différente.
On suit Faydé, une adolescente qui quitte les montagnes de l’extrême-nord du Cameroun pour travailler comme domestique à Maroua. Sa famille traverse une situation précaire, aggravée par la disparition de son beau-père lors d’une attaque de Boko Haram. Elle part avec la volonté d’aider les siens, mais découvre un quotidien où sa jeunesse, son origine sociale et sa condition de femme la rendent particulièrement vulnérable. Son parcours nous fait entrer dans un monde où trouver sa place signifie aussi essayer de préserver sa dignité.
Ce qui me touche dans cette histoire, c’est le poids qui repose sur les épaules d’une jeune fille. Partir travailler pour soutenir sa famille engage bien davantage qu’un changement de lieu de vie. Cela oblige à grandir vite, à affronter des rapports de pouvoir et à composer avec des contraintes que l’on n’a pas choisies. À travers Faydé, les questions de liberté et d’avenir prennent une forme très concrète : quelle marge de décision reste-t-il lorsque les besoins de ceux que l’on aime passent avant les siens ?
J’ai trouvé cette lecture plus féministe et plus engagée que mes romans habituels. Les injustices liées au genre se mêlent ici aux inégalités sociales. Être une femme ne signifie pas vivre la même chose selon les moyens dont on dispose et la place que l’on occupe. Le choix de s’intéresser aux domestiques permet de regarder le quotidien depuis celui de femmes dont le travail est nécessaire, mais dont la parole et les besoins peuvent être négligés.
Ce roman m’a aussi ouvert à d’autres façons de vivre, à un environnement que je connais peu. Les conditions de vie racontées ne sont pas celles que j’envie, mais elles m’ont touchée de femme à femme. J’y ai retrouvé des préoccupations que je peux comprendre — protéger les siens, être respectée, pouvoir choisir sa vie — dans des circonstances très éloignées des miennes.
C’est aussi ce que j’apprécie dans la lecture : elle permet de se rapprocher d’une expérience sans prétendre la connaître entièrement. Ce roman ne me donne pas le sentiment d’avoir compris toute une culture ou tout un pays. Il me fait découvrir des trajectoires particulières, dans un contexte précis, et m’invite à écouter davantage avant de porter un jugement.
Le choix du roman donne une force particulière à ces sujets. On suit une personne, ses décisions et ce qu’elles impliquent, plutôt que de rester devant des idées générales sur les droits des femmes. Les injustices prennent alors un visage. Pour moi, c’est là que cette lecture devient touchante : la distance géographique demeure, mais l’attention portée à Faydé crée une proximité humaine.
Je ne suis pas allée chercher dans Cœur du Sahel le même réconfort que dans certaines de mes lectures précédentes. J’y ai trouvé autre chose : une occasion de sortir de mes habitudes, de découvrir une écrivaine engagée et de réfléchir aux libertés dont on dispose, ou dont on est privée. La couverture m’avait donné envie d’ouvrir le livre ; ce sont les femmes au cœur de son histoire qui donnent du sens à cette découverte.
Je le conseillerais à celles et ceux qui souhaitent élargir leurs horizons littéraires et lire un roman où les questions de justice sociale et de droits des femmes occupent une place importante. Une lecture qui touche, qui interpelle et qui rappelle combien nos vies peuvent être différentes, même lorsque certaines de nos aspirations se rejoignent.
L’ordonnance
Pour accompagner Cœur du Sahel, je vous prescris :
Une infusion de bissap, à base de fleurs d’hibiscus, pour sa couleur intense et son goût acidulé. Une invitation à découvrir une saveur appréciée au Cameroun.
Un repas à partager entre femmes, où chacune peut raconter quelque chose de son parcours.
Un achat auprès d’une artisane ou d’une petite entreprise portée par une femme, selon vos moynes. Une façon concrète de faire écho aux questions de travail, de dignitié et d’indépendance que soulève le parcours de Faydé.
À prescrire lorsque : Vous ressentez un besoin de justice, que les inégalités faites aux femmes vous préoccupent ou que vous souhaitez sortir de vos lectures habituelles pour découvrir d’autres réalités. Pour celles et ceux qui ont envie d’un roman engagé, qui invite à écouter des femmes dont les conditions de vie sont éloignées des leurs.
Précision importante : cet article n’est pas sponsorisé. Le livre et les produits mentionnés ont été achetés par mes soins.
Lien pour le livre : https://payot.ch/p/coeur-du-sahel-9782290376973

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