Il y a des livres qui nous réconfortent, et d’autres qui commencent par remuer ce que l’on préférerait parfois laisser de côté. Tu comprendras quand tu seras plus grande de Virginie Grimaldi a fait un peu les deux pour moi. J’y ai retrouvé cette tendresse et cet humour que j’aime tant chez elle, mais aussi des questions qui peuvent m’angoisser : le temps qui passe, la vieillesse et la perspective de perdre ceux que l’on aime.
Publié en 2016 chez Fayard, ce deuxième roman de Virginie Grimaldi nous entraîne dans une maison de retraite, auprès de personnages dont les parcours se croisent à des moments très différents de leur existence. Un cadre qui permet d’aborder le deuil, les liens entre générations et la possibilité de retrouver une place lorsque la vie nous a bousculés.
Sans surprise pour ceux qui me connaissent, j’aime énormément les romans de Virginie Grimaldi. Sa manière de faire cohabiter les blessures et l’humour me touche toujours. J’apprécie qu’elle laisse à ses personnages la possibilité d’être drôles alors même qu’ils traversent des moments difficiles. Dans ce livre encore, j’ai retrouvé ce mélange qui rend ses histoires si humaines.
On y rencontre Julia, une psychologue qui arrive aux Tamaris après une période douloureuse. Ce nouveau travail lui offre l’occasion de s’éloigner de sa vie habituelle, mais le contact avec les résidents ne lui vient pas naturellement. À travers leurs échanges, leurs caractères et les surprises du quotidien, elle découvre peu à peu un univers qui vient bousculer ses idées sur les personnes âgées autant que sur elle-même. Ses journées prennent alors une place qu’elle n’avait pas forcément imaginée.
Cette lecture a eu une résonance particulière pour moi cette année, lorsque j’ai vu ma grand-mère entrer en EMS à 92 ans. Le décor du roman rejoignait soudain quelque chose de très concret dans ma vie. Derrière les personnages, je pensais à elle, à ce changement de quotidien et à tout ce que le vieillissement peut éveiller chez les proches. Certaines pages m’ont ainsi touchée d’une manière que je n’aurais peut-être pas ressentie à un autre moment.
Pour être honnête, ce livre m’a parfois angoissée. Il m’a amenée à penser à la mort, à la fragilité de ceux que l’on aime et à mon propre vieillissement. Ce sont des sujets auxquels il est difficile de rester indifférente lorsqu’ils se rapprochent de notre réalité. Je ne l’ai donc pas vécu comme une lecture uniquement légère : il y a eu des moments où l’émotion prenait davantage de place que le réconfort.
Ce que j’ai trouvé touchant, c’est la place laissée aux personnalités des résidents. Au fil de la lecture, on s’intéresse à ce qui les anime, à leurs relations et à ce qu’ils ont à transmettre. Cela m’a fait réfléchir à notre manière de regarder les personnes âgées : on connaît parfois leur âge ou leurs besoins avant de connaître leurs envies, leur humour et toute l’histoire qu’elles portent en elles.
La peur d’être seule m’a également semblé trouver un écho dans ce roman. Vieillir peut faire peur pour ce que le corps traverse, mais aussi pour les liens que l’on craint de perdre et la place que l’on espère conserver auprès des autres. J’ai lu cette histoire avec ces interrogations en tête. Les rencontres entre Julia et les résidents donnent alors une valeur particulière à la présence, à l’écoute et aux échanges qui peuvent compter beaucoup dans une journée.
Toutefois, j’ai trouvé le récit parfois un peu éparpillé entre les différentes histoires. Les nombreux personnages apportent de la richesse à cet univers, mais j’aurais parfois aimé rester plus longtemps auprès de certains d’entre eux avant de passer à une autre trajectoire.
Comme toujours avec Virginie Grimaldi, l’humour apporte une respiration bienvenue. Il laisse la place au plaisir de lire, même lorsque les thèmes me remuent. C’est cet équilibre que je retiens : une histoire capable de me toucher profondément tout en me faisant sourire, sans effacer les questions qu’elle soulève.
Tu comprendras quand tu seras plus grande reste pour moi un excellent roman. Je ne peux pas dire qu’il a fait disparaître ma peur de vieillir, mais il m’a donné matière à regarder autrement cette période de la vie. Je le conseillerais à celles et ceux qui se sentent concernés par le vieillissement, le leur ou celui d’un proche, et qui aiment les histoires où l’émotion s’accompagne de chaleur humaine. Une lecture touchante, parfois inconfortable pour moi, mais qui mérite pleinement sa place dans ma pharmacie littéraire.
L’ordonnance
Pour accompagner Tu comprendras quand tu seras plus grande, je vous prescris :
Un muffin ou une madeleine à la vanille, pour une pause gourmande et réconfortante. Une douceur à savourer entre deux chapitres ou à partager avec une personne qui vous est chère.
Un appel ou une visite à une personne qui vous est chère, pour prendre de ses nouvelles, écouter une anecdote ou simplement partager un moment.
Une petite parenthèse autour de vieilles photos, seul ou à plusieurs, pour retrouver des souvenirs.
À prescrire lorsque : Vous avez peur de vieillir, de vous retrouver seul ou de voir vos proches avancer en âge. Pour celles et ceux dont un parent ou un grand-parent entre en EMS et qui souhaitent explorer ce que ce changement éveille en eux à travers une histoire tendre et pleine d’humour.
Précision importante : cet article n’est pas sponsorisé. Le livre et les produits mentionnés ont été achetés par mes soins.
Lien pour le livre : https://virginiegrimaldi.com/

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